Douleur en fin de vie

En 2 mots

La douleur palliative est multidimensionnelle, chronique et évolutive. Elle dépasse la seule composante physique : le concept de "Total Pain" de Cicely Saunders rappelle que souffrance physique, psychologique, sociale et spirituelle sont indissociables. La prise en charge vise le confort global, avec une morphine sans dose plafond en phase terminale.

🌐 Total Pain : le concept de Saunders

Cicely Saunders (fondatrice des soins palliatifs modernes) définit la douleur globale en 4 dimensions interdépendantes :

Dimension Exemples
Physique Douleur nociceptive, neuropathique, dyspnée, nausées
Psychologique Anxiété, dépression, peur de mourir, peur de souffrir
Sociale Isolement, inquiétude pour la famille, deuil des rôles sociaux
Spirituelle Recherche de sens, culpabilité, réconciliation, croyances
Traiter toutes les dimensions

Une analgésie médicamenteuse seule ne suffira pas si la souffrance psychologique ou existentielle est ignorée. Le soin palliatif est un soin global.

🔍 Spécificités de la douleur palliative

📊 Évaluation de la douleur en palliatif

💊 Analgésie palliative : principes

Palier 3 : morphine en soins palliatifs

Pas de dose maximale en palliatif

Contrairement à la médecine générale, en soins palliatifs la morphine n'a pas de dose plafond. On titre jusqu'au confort. La crainte de "tuer avec la morphine" est un mythe : une morphine correctement titrée ne hâte pas le décès.

Aspect Principe
Voie orale Première intention si le patient peut avaler
Voie SC continue Référence si déglutition impossible (seringue électrique)
Voie IV Si accès veineux disponible, en milieu hospitalier
Titration Augmentations progressives de 25 à 50% de la dose journalière

Bolus (interdoses)

Rotation des opioïdes

Indiquée si effets secondaires intolérables ou inefficacité :

Opioïde Particularités
Oxycodone (Oxynorm®, Oxycontin®) Moins de confusion que la morphine
Hydromorphone (Sophidone®) Forte puissance, utile si insuffisance rénale
Fentanyl transdermique (Durogésic®) Patch 72h, bonne tolérance digestive

🌙 Douleur en phase agonique (dernières heures)

Signes à reconnaître

Ne pas attendre que le patient demande

En phase agonique, le patient ne peut souvent plus verbaliser sa douleur. L'anticipation est la règle : évaluer cliniquement et agir sur les signes non verbaux.

Prescription anticipée

Le médecin laisse au dossier des prescriptions "si besoin" que l'IDE peut utiliser sans rappel médical :

Rôle IDE : connaître ces prescriptions, les localiser dans le dossier, les utiliser sans hésitation dès que les signes sont présents.

🫁 Gestion des symptômes associés

Dyspnée

Nausées / vomissements

Encombrement bronchique (râle agonique)

Le râle agonique ne fait pas souffrir

Le râle est dû à l'accumulation de sécrétions que le patient n'a plus la force d'expectorer. La conscience est altérée : le patient ne perçoit pas cet encombrement comme une gêne. C'est la famille qui souffre de l'entendre.

Agitation terminale

📌 Les 3 choses à retenir

  1. Total Pain : la douleur en palliatif est physique, psychologique, sociale et spirituelle - traiter toutes les dimensions, pas seulement la composante médicamenteuse
  2. Morphine sans plafond + bolus au 1/6e de la dose journalière : noter chaque bolus, signaler si > 3/24h, ne jamais retarder l'administration par crainte de "trop donner"
  3. Anticipation en phase agonique : connaître les prescriptions anticipées du dossier, agir sur les signes non verbaux sans attendre que le patient demande - l'évaluation clinique remplace la verbalisation
Outil pédagogique

Cette fiche est un support de révision pour étudiants en soins infirmiers (ESI 2ème année). Elle ne remplace pas les protocoles institutionnels ni le jugement clinique. En situation réelle, toujours se référer aux prescriptions médicales et aux procédures du service.